L'architecte de l'inframonde

Vous vous êtes peut-être demandé comment tant de peuples pouvaient bâtir et évoluer dans les profondeurs de l'inframonde ? Même si ces gens (drows, duergars...) ne sont pas des plus commodes, leur performance force le respect.

Le ver pourpre est la réponse à vos interrogations.

Cet être immense (à la taille adulte, un peu moins quand il est juste vermisseau) a pour particularité d'être capable de créer des tunnels même dans de la roche. Il descend dans l'inframonde profond, remonte à la surface, zig-zague... Parfois même il meurt bêtement noyé, quand il essaie de remonter à la surface en perçant le plancher océanique.

En règle générale, un ver pourpre, même massif, n'est pas un danger car il est omnivore et se nourrit volontiers de matière inerte. Malheureusement, il a des phases boulimiques durant lesquels il a très envie de viande, et dans ces cas là, il se fie aux vibrations et fonce vers sa pitance (illustration ci-dessous de ce type de situation désagréable). On peut supposer qu'il se gave ainsi avant d'aller pondre, mais parmi les survivants à ses attaques, bien peu ont manifesté suffisamment de curiosité pour aller suivre l'immense invertébré dans les entrailles de la terre.




Le ver pourpre par Gawain

Des lexiques d'argot des voleurs

Travaillant sur les langues de l'univers, leurs sonorités et système d'écriture dans l'idée d'illustrer la diversité des cultures, je suis passée par une petite phase documentaire concernant les voleurs. J'avais -- voilà plusieurs années déjà -- commencé une collecte d'argot XVIIe-XIXe s. En utiliser quelques extraits est toujours amusant et colore les textes. Comme je ne savais plus exactement quelles avaient alors été mes sources (j'ai manqué de rigueur sur ce point), j'ai opté pour une recherche sur Gallica, car je savais qu'au moins Vidocq avait narré ses aventures hautes en couleur (quitte à les embellir un peu--beaucoup).

Munie du mot-clef "argot" (autant faire simple pour commencer), j'ai découvert quelques ouvrages qui pourraient être utiles aux roublards. Ils sont librement téléchargeables en PDF.

Voici une petite sélection :

Dictionnaire historique de l'argot parisien

Supplément au dictionnaire d'argot fin de siècle

L'argot ancien (jusqu'à la fin du XVIIIe siècle)


Il s'agira toujours -- hélas -- de vocable essentiellement du XIXe siècle. La raison en est très simple : l'argot est un jargon, une langue orale. Ce n'est que tardivement que l'intérêt des lettrés et érudits s'est porté sur ce langage, de sorte qu'il n'y a tout simplement pas (ou pratiquement pas) de traces écrites pour les périodes anciennes, et donc plutôt médiévales qui nous intéressent prioritairement en fantasy. Cela dit, une fois qu'on enlève les références trop modernes il y a largement matière à créer un petit jargon de voleur pour ses parties.





Même les chats des bas-fonds ne sont pas commodes ! 
Illustration de Lison

Ange déchu et messagères des hospodars

Les erinyes sont des diables à la beauté inquiétante qui laisse penser qu'il s'agit là d'anges déchus. 

Pour les peuples d'Eana, cette perspective est terrifiante. Pourquoi des êtres immortels et parfaits, irradiant le Bien auraient-ils chu ? 

Mais les erinyes sont également considérées avec méfiances par les diables : traître un jour, traître toujours ? ... Et ce d'autant plus qu'il court une rumeur laissant entendre que des diables seraient serviteurs de certains dieux, au moins de Tamerakh -- le destructeur et le libérateur -- et Xonim, la dame de la nuit.

Les grands seigneurs diaboliques, les hospodars ont besoin des erinyes comme messagères et voyageuses. Ils leur doivent les nombreux esclaves qui sont confiés aux bons soins de tourmenteurs terrifiants avant de devenir des lémures, êtres de désespoir et de pure souffrance. Aussi, même si beaucoup se défient, ces magnifiques fiélons ailés continuent de sévir avec une large autonomie.




Une erinye, par Gawain

Harharru, le diable des chaînes

Petit aperçu des coulisses de conception... Pour imaginer le design et les aventures liées au diable des chaînes, nous avons puisé dans une matière très sombre, définitivement "dark fantasy". J'ai notamment utilisé la "banalité du mal" théorisée par Hannah Arendt et questionné l'état agentique, c'est à dire le fait de ne pas se sentir responsable de ce que l'on fait de mal parce qu'on estime n'avoir été qu'un simple exécutant. Ah oui, quant au nom du diable des chaînes, nous puisons notamment dans l'akkadien pour concevoir les "vrais noms" et des éléments de terminologie diabolique. Ces sonorités sont élégantes à mon oreille et assez évocatrices.


Serviteurs préférés de Ntadadiph le cauchemar, les diables des chaînes sont par essence des illusionnistes puisant dans les peurs intimes, des tourmenteurs et des gardiens. Cette nature les amène à être parfois au service d’êtres ayant de nobles projets. 

Même un individu anodin peut être amené à accomplir des crimes, pour peu qu’il estime n’être qu’un exécutant. S’il croit en outre que la fin visée est juste et que les moyens utilisés importent peu, alors ses scrupules s’érodent, au point de ne plus rechigner à accomplir de basses besognes. Dans les prisons ou autres institutions fermées, la rigidité du règlement, la toute puissance du personnel encadrant et l’impunité complète en cas d’abus favorisent les persécutions. Tous ceux qui par leur fonction sont amenés à distiller la peur dans le cœur de personnes à leur merci ressentent un sombre frisson et cette émotion se réverbèrent dans l’obscurité du cauchemar. L’hospodar Ntadadiph les reçoit et répond en assignant un harharru ceux qui sont prêts à basculer. Inspirés par le diable, leurs agissements sont de plus en plus durs, cruels, pervers voire sadiques. La relation entre « maître » et « disciple » peut devenir si puissante qu’elle permet au diable d’être invoqué une fois par jour durant une heure. Ce peut-être pour combattre et réduire un ennemi, ou bien pour acquérir un savoir-faire plus approfondi en matière de torture. En croyant lutter contre un simple tortionnaire mortel, les aventuriers pourraient se retrouver confrontés à bien pire ! 

Il existe des rituels de magie noire permettant d’invoquer et lier un ou plusieurs harharrus afin de retenir une créature durant des siècles dans un sanctuaire dédié. Le nombre de gardien dépendrait de la puissance du prisonnier. En théorie, le rituels de la condamnation au mur et aux chaînes pourrait contraindre n’importe qui ou n’importe quoi, mais si les anneaux se brisent, le pire est à craindre…



Un diable des chaînes par Gawain

Perfectionnisme et Balor

L'équipe "Dragons" passe beaucoup de temps en recherche et développement des concepts de créatures et de lieu.

Pour chaque commande j'ai 10 à 30 minutes d'analyse et de recherche pour donner des références visuelles aux illustrateurs et je suis rapide. Comment ? En rassemblant très régulièrement de la documentation. Mon outil préféré est actuellement Pinterest qui me permet de créer des tableaux par thème d'ambiance. Dans certains cas, il suffit de désigner un tableau pour inspiration (couleur, type d'objets) qui complète la description de la scène dans la commande. D'autres fois, je cherche spécifiquement une image que je sais avoir déjà sélectionnée. Parfois il faut vraiment lancer une recherche parce que je tombe sur un sujet que je n'avais pas anticipé. Exemple ? J'ai toujours du mal à trouver de bonnes images de marais et de vues aquatiques. Alors je complète en fouillant sur Flickr et Google image.

Ceci n'est que le travail de départ, les illustrateurs derrière cherchent à développer des concepts, affiner, mettre leur patte ...

Pour illustrer, voici la nouvelle version du Balor après que le précédent nous eut laissé une sensation de "peut mieux faire". Bon, nous ne refaisons pas toutes les illustrations, mais pour un seigneur démon ça nous paraissait important.




Un balor par Gawain

Les manigances des rakshasa

Les rakshasas sont des cousins des diables, donc des fiélon attachés autant à la Loi qu'au Mal. Leur plus grande réussite fut de parvenir à s'incarner sur Eana d'une manière qui leur permettait d'être totalement libre et d'agir à leur guise.

La forme qu'ils endossent donne un indice quant à la teneur du rituel qu'ils utilisent pour amener une nouvelle âme noire sur Eana : les tigres-garous sont leur cible. Sans corps, ils ne peuvent devenir plus nombreux et œuvrer à leurs conquêtes qui pour l'instant sont encore très discrètes. Ils sont le pouvoir derrière le trône de nombreux souverains de l'Ajagar.

Pourtant leur siège n'est dans aucune cité animée. Leur véritable base arrière est ailleurs, secrète, protégée et redoutablement bien défendue.





Un rakshasa, par Gawain