Baignade interdite

"Alors ? Que s'est-il passé ?" demandèrent les aventuriers au survivant effondré.

Le jeune homme n'en revenait toujours pas de la manière dont il en avait réchappé. Il était plongé dans une profonde stupeur, le regard perdu, confronté sans cesse aux images du drame qui lui revenaient.

"C'était le soir, on avait décidé d'aller fêter les examens sur la plage. On a fait un feu, on avait des instruments de musique, un tonnelet de cervoise, un autre de vin, quelques saucisses à griller... Tout était parfait. La journée avait été chaude et l'air commençait seulement à devenir plus doux. "

" On chantait, on riait. La vie était belle. Le soleil se couchait et on voyait les étoiles dans le ciel. C'était si beau... "

" Comment ça a pu se produire ? Pourquoi ? "

Mais les aventuriers ne pouvaient lui répondre sur ce point. Ils l'encouragèrent seulement à reprendre son récit.

" La nuit était tombée, on avait tous bien bu, mangé, et les filles ont proposé un bain de minuit -- même si c'était pas vraiment minuit en fait. Elles se sont déshabillées..."

Le rôdeur regarda du côté des restes de vêtements éparpillés, perdu dans ses pensées.

" Elles ont dit que l'eau était bonne, qu'il fallait être bête pour pas y aller... Mais je sais pas nager moi ! Alors... je suis resté là. Elles riaient et les autres garçons sont allés les rejoindre aussi... c'était assez gênant... J'aurais bien voulu mais... j'aurais préféré qu'elles y aillent pas du tout... peut-être que ce serait pas arrivé ? "

Les cadavres portaient des traces de coups de trident, de pattes griffues et même pour certains de crocs. L'horreur était venue des profondeurs de la mer pour punir des étudiants qui cherchaient juste à se détendre après une difficile année d'étude en droit et en médecine. La région était réputée paisible et le lieu avait tout pour offrir une belle soirée. En ville les plus moralisateurs disaient que ces jeunes qui étaient la future élite de la société, payaient leur manque de sens moral. Ils étaient punis pour leurs débauches.

" Une fille a disparu sous la surface. Puis un gars s'est mis à crier, et un autre, et ils ont tous voulu fuir vers la plage, ils voulaient sortir de l'eau le plus vite possible. "

"Moi... j'ai... quand j'ai vu ces monstres, éclairés seulement par les reflets du feu sur l'eau... c'était horrible. Des yeux ronds, énormes, et des dents effilées... J'ai fui, j'ai couru sans me retourner. Et maintenant ils sont tous morts !"

Le rôdeur examinait les lieux et les cadavres tandis que la demi-elfe et le halfelin tentaient de calmer le survivant. La magicienne alla trouver son ami en train de collecter des preuves. Ils échangèrent quelques murmures :

-- Il n'y a pas de corps de femme, seulement d'hommes. Pour le reste ça ressemble bien à une attaque de sahuagin.
-- Alors ils auraient enlevé les femmes ?

La magicienne frissonna de dégoût et expliqua : " J'ai autrefois entendu une histoire répugnante sur des sahuagins qui s'étaient accouplés avec des humaines et avaient engendré des hybrides monstrueux. "

Elle espérait que ce ne soit pas le cas. De toute façon, cette histoire était assez extravagante, avec son village entièrement dévoué à un démon des mers. Peut-être que les sahuagins trouvaient simplement la chair des femmes plus savoureuse ?





Un sahuagin, par Gawain

Rumeur sur le port

-- Mais je t'assure, c'était une sirène !  Avec la queue de poisson et des cheveux.
-- Pas possible, t'as dû te tromper. Les merriens font pas ça. De toutes façons, il était fin saoul, c'est pas surprenant qu'il soit tombé du bateau.


Les aventuriers se regardèrent en silence. La magicienne porta machinalement la main à sa sacoche dans laquelle elle avait rangé l'emblème de la secte de l'infini. Ils pensaient en avoir fini avec ces déments, mais cette rumeur qu'ils entendaient à l'auberge du port... Était-ce un avertissement ? Le signe qu'ils n'en avaient pas encore terminé avec ce démon ?

-- J'irai à l'académie demain, j'espère trouver des réponses, dit la magicienne d'un ton neutre.

Le paladin halfelin opina de la tête :

-- De mon côté, je vais voir ce que je peux trouver via mon réseau.

Il se tourna vers la demi-elfe qui était originaire des quartiers populaires de cette ville :

-- Essaie de voir s'il y a d'autres rumeurs liées à la mer, des disparitions bizarres, des brumes inexplicables, enfin, tu vois le genre.
-- Vous croyez vraiment qu'il y a un problème ? Ces tarés, on les a dézingués sur une île en face de la Lothrienne, c'est quand même pas la porte à côté !
-- Les démons ne limitent pas leur action à une région en particulier.
-- D'accord, admettons, mais pourquoi il faudrait justement qu'il nous suive, ou ses adeptes ? Et d'ailleurs, là- haut, à part les humains fous à lier, il y avait des affreux qu'il est impossible de prendre pour des sirènes. On est dans un port, tous les marins aiment raconter des histoires à se faire peur : il faut arrêter de croire que tout est lié. Le monde ne tourne pas juste autour de nos petites personnes !

La magicienne but une petite gorgée, les yeux baissés. Sur le principe, elle était d'accord. Elle-même n'avait ramassés les objets rituels que par curiosité, car elle ignorait absolument tout du démon qui était vénéré. Elle avait déjà entendu parler de fiélons bien sûr, tels Gegaôr la bête, réputé être à l'origine de la lycanthropie, ou bien de Liridem l'amer, le poète, le recours des désespérés et des cyniques. Dans sa jeunesse elle avait même rédigé quelques vers à sa gloire, tant elle trouvait cet être fascinant, mais ce n'était jamais allé plus loin qu'une tocade adolescente. Aujourd'hui elle mesurait bien le danger que ces créatures représentaient.

Fatigués de leur voyage et partagés sur ce qu'ils fallait penser, les aventuriers montèrent se coucher et se séparèrent dès le petit-déjeuner.

D'un pas vif, la magicienne accompagnée de son ami rôdeur, montait vers les hauteurs de la Cité franche. Elle savoura un moment la vue incomparable sur cette ville immense, démesurée, extravagante. Elle acheta quelques pralines à un marchand ambulants, et se rendit à l'Académie. Son ami resta un peu pour visiter et aider, puis la quitta, lui donnant rendez-vous au déjeuner, dans une taverne non loin.

La chance aidant le talent, la magicienne se présenta au repas avec la mine de celle qui a trouvé une piste :

-- Ouxounoël, souffla-t-elle tandis que le rôdeur lui versait un verre de vin.

L'homme la regarda avec une mine grave.

-- Un prince démon parmi les plus étranges, uniquement lié au monde marin. Il est très mal connu, sans doute parce qu'il compte essentiellement ses adeptes parmi les sahuagins et les... merrows. Je pense que ce n'était pas une sirène -- j'entends par là une merrienne -- mais plutôt une merrow. Si c'est le cas, c'est peut-être lié à ce que nous avons découvert. Le problème avec ce fiélon, c'est qu'il est tellement discret que personne ne semble connaître ses plans. Qui sait quel est leur état d'avancement ?



Une merrow, par Gawain -- à ne pas confondre avec une merrienne !

Une sortie à la tombée de la nuit

Il fait nuit, le marais résonne des chants des animaux et s'illumine de lucioles et quelques nymphéas luminescents.

Les aventuriers ont quitté depuis plusieurs jours la Cité franche, en direction de la Méandrise, un peu au nord-ouest. Cette région forestière et marécageuse est bordée par la Taurëlma -- une région farouchement défendue par les elfes --, les Fjordkungden -- un ensemble de petits royaumes, chacun centré sur un fjord, et les Drakenbergen -- majestueuses et vastes montagnes où prospèrent de nombreux clans nains.

En arrivant dans la Méandrise, les aventuriers virent sur les bords des routes et chemins des vestiges de fermes et villages totalement abandonnés et désormais envahis par la végétation. Durant les recherches qu'ils avaient menées avant de partir, ils en avaient appris un peu sur l'histoire de la région. Autrefois prospère, elle fut ravagée par trois crises consécutives : un déferlement du Chancre, une guerre impitoyable contre les elfes de Taurëlma, et enfin, une épidémie effrayante accompagnée de l'apparition de nombreux morts-vivants. Sur Eana en effet, les défunts "malmorts" sont susceptibles de se relever spontanément sous la forme de zombies ou spectres. Durant les périodes de crise, l'impossibilité d'accomplir les rites funéraires pour toutes les victimes augmente grandement le risque. Plusieurs des anciennes villes de Méandrise sont désormais soigneusement évitées, et plus personnes n'ose emprunter les vieilles routes qui y mènent encore.

D'intrépides gnomes des îles éoliennes ont remonté en bateau le cours du fleuve Vaquensirë -- marquant la frontière avec la Taurëlam. Ils se sont installé dans la Méandrise, y créant des comptoirs, restaurant certains quartiers de villes survivantes. Ils gagnent leur vie en achetant aux nains des montagnes leurs productions, mais également en commerçant avec d'autres êtres bien plus farouches et bons connaisseurs des merveilles de l'Inframonde, les svirfnebelins ou gnomes des profondeurs. Ces êtres partagent avec les drows et les duergars une souillure résultant de la proximité au Chancre de leurs ancêtres, mais les svirfnebelins se sont positionnés résolument en défenseur d'Eana. Ils protègent les oasis enchantées qui illuminent l'inframonde et en cultivent de nouvelles, créant des refuges souterrains pour les druides et les adversaires du Chancre.

Les aventuriers avaient appris cela, et espéraient trouver un moyen en Méandrise d'en apprendre plus sur leurs récentes découvertes et sur ce qu'il convenait désormais de faire...





Un svirfnebelin dans l'inframonde, par Gawain

Sur les sept mers d'Eana

Tandis qu'une souscription d'Agate pour 7e mer fait son chemin, j'ai eu envie de vous donner un aperçu des thématiques marines que vous pouvez découvrir dans Dragons.

La Cité franche, un port ouvert sur le monde

La Cité franche est le point de départ proposé dans Univers. Dans cette ville portuaire cosmopolite, on peut rencontrer des gens issus des quatre coins du monde. Située sur le continent du Cyfandir (comprenant les Drakenbergen, la Cyrillane, la Lothrienne, l'Arolavie, le Septentrion), la Cité franche ouvre sur les terres, et sur les océans, avec des liaisons maritimes régulières vers les Royaumes des Sables, ou Ellerina.

Si vous souhaitez vous faire une idée des opportunités dramatiques, pensez à New-York et aux villes de la Renaissance italienne : des richesses, des rencontres, des intrigues, des voleurs, et bien plus encore !

Pirates !

La piraterie est à l'honneur avec l'archipel des îles barbaresques, peu ou mal cartographié. Les îles sont désertes, maudites (avec les ruines mystérieuses qui vont avec), ou simplement dangereuses.

Les marins opportunistes de ces régions ne sont pas tous des enfants de cœur épris de liberté et d'aventures. Ils s'en prennent aux vaisseaux ramenant des richesses pillées dans l'Acoatl, ils réduisent en esclavage les populations insulaires des atolls de Torea, et parfois se sentent assez forts pour attaquer des villes entières. Les seigneurs pirates se comportent comme des chefs politiques, formant des alliances, acceptant de recevoir un tribut de certains états pour les défendre contre leurs comparses.

Si vous cherchez à trouver des images pour le tableau Pinterest que vous préparerez pour vos joueurs, il y a de quoi prendre du côté : des paysages des Caraïbes (évidemment), du jeu vidéo Risen (je pense surtout au premier... ça date !), et de la filmographie plus ou moins fantastique autour de la piraterie (oui, si vous avez un faible pour la série des Pirates des Caraïbes, vous pouvez aussi...).

Mais la piraterie (ou l'insécurité en mer) est loin de se limiter à ces régions. On a des chances (ou malchance) de faire de mauvaises rencontres dans les mers bordant les royaumes des sables, et souvent aussi dans les îles découpées et éclatées de Rachamangekr. Plus au nord, les intrépides marins du Septentrion ont autant de chance d'être marchands que guerriers pillards (en fait, ils alternent selon ce qui leur paraît le plus judicieux).

N'oublions pas enfin les pirates des airs, réputés moins sanguinaires et plus fantasques, qui évoluent dans l'archipel des îles éoliennes à bord de machines volantes en partie bricolées, et parfois proprement époustouflantes.

Navigation ou portails ?


Les particularités de la magie sur Eana sont telles que la téléportation est souvent compliquée, quand elle n'est pas neutralisée. Les voyageurs ont alors le choix entre tenter de chercher des raccourcis dans le plan Ethéré (une tactique qui est généralement déconseillée aux gens dotés d'un instinct de survie) ou bien se contenter des moyens de transport disponibles : charrette, gambette, nefélytre... et bateau.

De nombreuses contrées riches en occasions d'aventures sont lointaines et leurs cultures autant que leurs langues paraîtront exotiques aux cyfands qui les découvrent. L'éloignement et les difficultés à surmonter pour atteindre ces rivages rêvés constituent déjà la première partie de l'aventure.



... ah oui, il n'y a pas que les pirates à poser problème en mer... attention aussi sous la surface...


Un dragon tortue, par Gawain

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La science de l'oxydation

"Aventuriers, je vous ai réuni aujourd'hui pour discuter d'un projet qui, s'il était mené à bien, pourrait tous nous enrichir considérablement. Bien évidemment, il comporte de nombreux risques. 

Vous connaissez tous les oxydeurs, ces sortes d'arthropodes géants qui s'en prennent aux porteurs d'objets métalliques et qui les dévorent une fois réduits à l'état de rouille. Ils sévissent surtout dans l'Inframonde et figurent parmi les principaux problèmes rencontrés parmi les colonies naines. 

Vous savez que les oxydeurs sont chassés, à la fois pour la nuisance qu'ils représentent que pour l'intérêt présenté par leur carapace en chitine -- un matériau à la fois léger et solide, présentant quantité d'usage !

A présent laissez-vous vous parler de ce qui a changé. J'ai eu d'intéressantes discussions avec des érudits et des alchimistes. Ils ont étudiés l'état d'armes abîmées voire détruites par des oxydeurs. Il s'agit d'après eux très précisément du même phénomène que celui de la rouille -- cela, vous vous en doutiez --, mais cette rouille est elle-même une oxydation. Or, elle peut se produire naturellement. Nous avons examiné une étrange terre rouge qu'on trouve sur de grandes étendues dans certaines régions de Bandiko-Mibu. Il s'agit de minerais oxydé. 

Je vous passe les détails, mais voilà la conclusion : si l'oxydeur mange du métal oxydé, il y a des chances qu'il puisse se nourrir directement de terre naturellement oxydée. Dès lors, on pourrait envisager l'ouverture d'une ferme d'oxydeur quelque part à Bandi-Komibu !"



Les aventuriers se regardèrent les uns les autres, un peu dubitatifs. En somme cet excentrique leur proposait de chercher une femelle oxydeur chargée d’œufs (ou bien pire, un couple !), de la transporter avec succès sur des centaines voire des milliers de kilomètres, de l'amener (ou les amener) dans une ferme -- qu'il faudrait bâtir et entretenir, dans un climat aride et une chaleur étouffante -- avant d'organiser l'élevage -- de créatures dangereuses -- et l'exportation de la chitine.

Sans un mot, les aventuriers hochèrent la tête et le halfelin qui servait de porte-parole répondit : "Nous vous remercions pour votre confiance, mais je regrette, nous allons devoir décliner. Nous avons reçu une autre proposition de travail. Il s'agit de lutter contre la piraterie des îles barbaresques."

Le commanditaire s'étonna : "Comment ? Mais c'est une tâche insurmontable ! Ils sont innombrables et les îles où ils se cachent le sont tout autant !"

Les aventuriers ne commentèrent pas la perception de facilité ou difficulté du commanditaire et le laissèrent trouver d'autres aventuriers prêts à s'engager pour des mois de travaux d'élevage à haut risque.





Un oxydeur, par Gawain

Artiste : Gawain
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Documentation - Pègre et guildes de voleurs

Écrire c'est utiliser ce dont on se souvient, recomposer, créer à partir de fragments divers, concevoir une nouvelle cohérence avec des liens et idées qu'on espère inédites.  Parfois cela passe aussi par feuilleter des ouvrages de sa bibliothèque et vérifier de vieilles notes rangées dans d'antiques fichiers sommeillant sur le disque dur du PC.

Avant de me pencher sur le chapitre relatif aux activités illégales, un peu de survol de mes notes et lectures. C'est souvent assez rapide : feuilleter, se remémorer, fermer les yeux, réfléchir, et passer à l'action.

Une petite nature morte pour vous faire partager l'ambiance.